Il
y a près de 2 500 ans que le sage chinois Chuan-Tze a exprimé
un doute quant à l'existence séparée du rêve
et de la réalité. Parlant du pêcheur qui rêvait
d'être un papillon, il se demandait s'il était pas
tout aussi possible que ce fût le papillon qui rêvât
qu'il était un pêcheur. Il s'en est tenu à
formuler cette question sans y répondre et nous ne sommes
pas plus avancés aujourd'hui.
Les dessins de l'artiste chinois Tin-yum Lau se situent à
l'intersection même du rêve et de la réalité.
Il a dessiné une série de nus de jeunes femmes dans
la plénitude printanière de leur corps. Au premier
regard, on serait porté à croire qu'il a voulu rendre
compte de l'éternel rêve masculin du désir
et, sans doute, il y a une bonne part de vérité
là dedans. Cependant, cela ne peut être toute la
raison d'être de ces dessins. Ils participent aussi du rêve
des femmes.
À une époque lointaine, (les Six Dynasties, 300-600
A.D.) l'une d'elle dont le nom s'est perdu dans la nuit des temps
écrivait :
Elle ouvre la fenêtre
à la lumière de la lune d'automne.
Elle éteint la chandelle
et fait tomber sa jupe de soie.
Elle sourit paisiblement
couchée dans le lit entouré de rideaux.
Elle étire son corps
dont se dégage un parfum d'orchidées.
C'est bien ainsi qu'il convient de lire les nus de cette exposition.
Léo Rosshandler, A.I.C.A.
Montréal, novembre 2001
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